Publication des oeuvres des membres du Club des Poètes de l'Adour
Celle que l’on voit peu, partenaire oubliée,
C’est moi, je me présente, main gauche de droitier.
Pourtant dans son enfance, je savais faire front,
Tout autant que ma sœur, je tenais biberons,
Petits verres, couverts ou peluches bien douces.
Et un beau jour, voilà, je ne fus que rescousse
En brandissant le pain ou alors la fourchette,
Pendant que, triomphante, l’on voyait ma sœurette,
D’un geste compétent, découper le jambon.
Heureusement pour moi, comme bien des garçons,
Le prénommé Félix, notre propriétaire,
Etait un fanatique d’un jeu à ras de terre
D’où nous étions exclues, si ce n’est pour les touches.
Je n’étais plus alors pauvre sainte Nitouche.
Mais l’école, pour moi, c’était parfois l’enfer :
Couchée sur le cahier, je la regardais faire,
La droite, actionnant le porte-plume en bois
Et puis me le confiant pour lever vite un doigt.
L’adolescence, enfin, mit en scène l’amour :
Ainsi, réconciliées, nous pûmes tour à tour
Caresser d’autres mains et des académies
Dévoilées, pour Félix, par de bonnes amies.
Et puis vint le grand jour, fin du marivaudage,
Où je reçus la bague, celle du mariage.
Pour ma sœur, ce jour-là, je devins importante,
Je portais un anneau qui scellait une entente.
Trois enfants en quatre ans, j’eus de l’activité,
De quoi atténuer notre rivalité,
Qui pourtant, au travail, n’avait jamais cessé :
Félix, l’instituteur, me laisse effacer
Les écrits que ma sœur toujours calligraphie
Et tenir la baguette pour la géographie.
Mais l’amour qui perdure, malgré les aléas,
Nous convoque les deux encore à des ébats
Et cela nous rapproche ; ainsi ma jalousie
De ses griefs anciens semble être dessaisie,
D’autant plus qu’aujourd’hui Félix est retraité
Et s’il lui reste encore quelques activités,
Pour nous deux, je dois dire que la vie est plus douce
Et nous avons le temps de nous tourner les pouces.
Félix Parvole