Publication des oeuvres des membres du Club des Poètes de l'Adour
Notes : la fouine est coutumière de sarabandes nocturnes. Le blaireau (un mustélidé) partage volontiers son terrier.
Une jeune belette vivait bien dans son gîte
Très bien emménagé au pied d’une colline,
Quand survint un blaireau qui se creusa très vite
Un terrier à côté ; puis arriva la fouine
S’installant quant à elle à l’étage au-dessus.
Quelques jours se passèrent les laissant tous les trois
S’habituer aux autres ; la belette déçue
Trouva que ses voisins n’étaient pas très courtois :
Le gros mustélidé et son hôte, un renard,
Poussaient, assez souvent, des cris insupportables
Et madame la fouine dansait le soir, très tard.
La belette alla donc, d’une voix très affable,
Demander au blaireau de faire moins de bruit,
Ce a quoi celui-ci répondit méchamment
Tout en la secouant ; alors elle s’enfuit
Pour revenir chez elle s’enfermer prudemment.
Elle pleurait encore quand en haut commença
La grande sarabande, quotidienne invasion,
Qui l’incommoda tant qu’elle se révéla
Et frappa aussitôt, très fort, sur le plafond.
La fouine, très surprise par cette réaction,
Descendit et cria, devant chez ses voisins,
Que d’arrêter sa danse il n’était pas question.
Elle parla si haut que le blaireau survint
Et la malmena tant qu’elle s’évanouit.
Il avait cru, en fait, que c’était la belette
Qui le sommait encore de faire moins de bruit.
Or celle-ci, ma foi, était restée au gîte
Duquel elle avait pu, voir, par un interstice,
Ce grossier résident brutaliser la dame.
Elle alla témoigner, afin que la justice
Éloigne pour toujours cette brute infâme,
Que le renard, prudent, avait abandonnée.
La fouine, peu à peu, retrouva la santé
Mais elle avait été bien trop contusionnée,
Pour pouvoir, sans danger, se remettre à sauter.
Dans la paix revenue, la belette se dit
Qu’il était bon, parfois, d’avoir deux ennemis.
Félix Parvole