Publication des oeuvres des membres du Club des Poètes de l'Adour
Vieux chêne immense et bon,
tu plonges au vaste airial*
tes branches d’un autre âge:
cathédrale de feuilles, j’aime m’y reposer
et sentir à ton flanc la force et le courage,
les ondes du vivant vibrantes et chavirantes,
de ton cœur invisible au long des rameaux denses !
Du haut de ta colline, tu étales, voûte verte,
les multiples sillages laissés par nos histoires :
le chuchotis câlin des enfants en gambade,
les pas pelotonnés des amoureux timides,
le silence des eaux sous le ciel qui rougeoie,
le chant tourbillonnant du vent dans tes jambages,
le frottement ailé de la biche esseulée
et la quiète moisson des cueilleurs de l’été.
Vieux chêne immense et bon,
tu m’es offrande au soir
quand le lac s’étire
et que mon cœur s’avoue,
vaincu de solitude et de peine tranché.
En tes veines secrètes je reprends le chemin,
chasse ronces et malin pour entonner ton chant,
élégant diapason!
Sous ton arche fidèle,
un jour de fine pluie,
tu écoutas nos lèvres
grisées de fantaisie.
Garde-les en ton âme,
ancrés solidement,
car je crois aux manades*
où dansent les amants !
Anne Fruchon
Août 2010 : lac d’Arjuzanx.
