Publication des oeuvres des membres du Club des Poètes de l'Adour
Le chevrier - 1966 - Antoine Martinez
Je viens en rentrant de ballade
De croiser le vieux chevrier.
Souple, leste, il escalade
Avec ses chèvres tous les sentiers.
Il est grand, sec comme du bois mort,
Sa démarche inimitable,
Comme une branche qui se tord,
Animée par des vents variables.
J’ai même l’impression que ses pieds
Ne touchent le sol quand il marche.
Certains le surnomment, le sorcier,
Ou l’appellent le Patriarche.
Cette allure de patriarche
Parfois, de la crainte, il inspire,
Et quand son regard se détache,
C’est qu’il sent mieux entendre bruire
Les plus doux murmures parfumés,
Quand l’Ether s’habille de couleurs
Des vapeurs chaudes d’un bel été
De celles qui enchantent son cœur.
Il est attaché à la terre,
Mais n’en possède pas un arpent.
Apatride et sans frontière,
Aussi libre que les quatre vents.
Il est comme un homme sans âge.
Au fond, toute la bonté même.
Il fait partie du paysage,
Sait-il au moins combien je l’aime?
Quand son regard à marée basse,
Vient parfois ternir son visage,
D’un trait un sourire l’efface,
Si vous franchissez son rivage.
Je crois être son doux secret,
L’enfant que nul n’a voulu.
C’est pourquoi il se montre discret,
Il est mon père, maintenant je sais.
Adélaïde Cérénys